1. La première vérification : quand le contrat a-t-il été conclu ?

La difficulté ne consiste pas seulement à compter les mois de retard. Une même livraison différée de plusieurs mois peut conduire à des calculs différents selon la rédaction de la loi applicable. L’article 11(d) maintient l’ancien texte pour les contrats conclus avant l’entrée en vigueur de l’amendement n° 9. La réforme s’applique aux contrats conclus à compter du 7 juillet 2022. La date de livraison prévue, la date d’un versement ou celle de l’obtention du permis ne remplacent pas la date de conclusion du contrat pour choisir ce régime.

Il faut conserver l’acte signé et ses avenants. Une modification ultérieure du calendrier ne signifie pas automatiquement qu’un ancien contrat relève de la loi nouvelle. Pour un acte très ancien, il faut aussi vérifier les règles d’application de l’amendement de 2011, qui a introduit le mécanisme de l’article 5A. Les chiffres présentés pour l’ancien régime ne valent donc pas indistinctement pour toute acquisition antérieure à 2022.

2. Depuis juillet 2022 : un mois initial, puis trois niveaux de compensation

Dans le régime issu de 2022, l’article 5A(a) ouvre droit à compensation lorsque le logement n’est pas mis à la disposition de l’acheteur après l’expiration d’un mois suivant l’échéance contractuelle. La période indemnisable commence à la fin de ce premier mois, sans rattrapage automatique de celui-ci. Le montant de référence est le loyer d’un appartement comparable en superficie et en emplacement, et non nécessairement le loyer réellement payé par l’acheteur.

  • Deuxième à quatrième mois de retard : 100 % du loyer de référence.
  • Cinquième à dixième mois : 125 % du loyer de référence.
  • À partir du onzième mois : 150 % du loyer de référence.
  • L’article vise chaque mois ou fraction de mois de la période indemnisable ; les dates exactes et le décompte doivent être contrôlés.

3. Ancien régime : le seuil de soixante jours ne fonctionne pas de la même façon

Pour un contrat relevant de l’article 5A dans sa rédaction antérieure à la réforme de 2022, le dépassement du seuil de soixante jours déclenche une compensation calculée depuis l’échéance contractuelle, et non uniquement à compter du soixante et unième jour. Le taux est de 150 % du loyer comparable pour les huit premiers mois, puis de 125 % à compter du neuvième mois.

La distinction est importante : l’ancien système est rétroactif au point de départ contractuel une fois son seuil franchi, tandis que le nouveau laisse le premier mois hors de la période indemnisable prévue par ce mécanisme. Une clause du contrat doit toujours être confrontée au texte applicable. Il ne faut pas mélanger les taux d’un régime avec le seuil ou la période de l’autre.

4. Exemple chiffré : six mois complets de retard

Exemple purement hypothétique : un contrat conclu en 2023 relève de la réforme de 2022. Le retard est de six mois complets, le loyer comparable est établi à 6 000 ₪ mensuels et aucune cause d’exonération ni modification valable de l’échéance n’est retenue. Le premier mois n’est pas indemnisé par le mécanisme légal. Les mois deux à quatre donnent 3 × 6 000 = 18 000 ₪ ; les mois cinq et six donnent 2 × 7 500 = 15 000 ₪. Total : 33 000 ₪.

Ce total ne constitue pas un barème universel. Si le retard comprend une fraction de mois, si une période est juridiquement exclue ou si le contrat accorde un montant supérieur, il faut refaire le calcul. L’article 5A prévoit la comparaison avec la compensation contractuelle du retard, en retenant le montant le plus élevé ; il ne commande pas d’additionner automatiquement deux compensations portant sur le même retard.

5. Comment justifier le loyer de référence ?

L’absence de preuve d’un préjudice ne dispense pas de justifier le loyer servant au calcul. Conserver plusieurs références de biens comparables dans le même secteur, de surface et de caractéristiques proches, permet d’éviter un montant fondé sur une seule annonce exceptionnelle. Une appréciation professionnelle peut être utile si les parties contestent le niveau locatif.

Un acheteur hébergé gratuitement chez des proches n’est pas, pour ce seul motif, exclu de la compensation sans preuve de préjudice. À l’inverse, un loyer personnel particulièrement élevé ne fixe pas automatiquement la base légale. Il faut séparer la preuve de la valeur locative du bien comparable de celle des dépenses réellement engagées.

6. Guerre, pénurie de main-d’œuvre et démarches administratives

Pour les contrats soumis au nouveau texte, l’article 5A(c) vise notamment le retard causé par un acte ou une omission de l’acheteur seul, ou une situation remplissant les conditions du mécanisme de frustration contractuelle de l’article 18(a) de la Loi sur les contrats (remèdes). Une simple difficulté économique ou une annonce générale du promoteur ne démontre pas, à elle seule, que ces conditions sont réunies.

Une guerre, une fermeture de chantier ou une difficulté d’approvisionnement doit être examinée à partir des faits : période effectivement touchée, travaux empêchés, lien avec le calendrier et situation du chantier avant l’événement. Cet article ne pose ni exonération générale des promoteurs ni droit automatique à compensation pour chaque période de guerre. Une éventuelle disposition temporaire applicable au dossier doit aussi être vérifiée.

L’ancien article 5A(c) permettait un accord portant sur des circonstances hors du contrôle du vendeur dont le risque de survenance et les conséquences ne lui incombaient pas. Cette formulation ne doit pas être utilisée comme si elle était le texte des contrats soumis à la réforme de 2022.

7. Travaux modificatifs : chiffrer le report au lieu d’accepter une clause générale

Des changements demandés par l’acheteur peuvent modifier le calendrier, mais leur existence ne permet pas de retrancher n’importe quelle durée. Il faut examiner l’ordre de modification, son acceptation, les dates de réalisation et l’impact réel sur la livraison. Une prolongation vague doit être distinguée d’une nouvelle échéance précise dont la validité et l’effet sont établis.

Exemple hypothétique : l’acheteur demande un déplacement de cloison. Le promoteur annonce ensuite un report global de six mois. Avant d’accepter ce report, il faut demander le délai imputé à cette intervention, son articulation avec les autres travaux et les documents qui le démontrent. Une durée négociée doit être conservée par écrit, sans renonciation générale aux protections légales.

8. Préserver ses droits lors de la remise des clés

L’article 7A(a) interdit de déroger à la loi au détriment de l’acheteur. Dans la rédaction issue de 2022, l’article 7A(b) vise également la renonciation aux droits liés au retard imposée notamment comme condition de mise à disposition du logement. Il faut distinguer un reçu de clés, un état des lieux et un accord de règlement d’un litige.

Avant de signer, vérifier les réserves concernant le retard, les défauts et les sommes restant discutées. Un document intitulé « solde de tout compte » peut avoir un contenu plus large que son titre. Cette analyse ne signifie pas qu’un acheteur peut refuser sans motif toute remise régulièrement proposée : la disponibilité du logement, les pièces, son état et les obligations restant à exécuter doivent être appréciés ensemble.

9. Construire une demande documentée

La demande doit identifier le contrat et le régime applicable, l’échéance retenue, les dates de mise à disposition et le calcul par périodes. Elle doit répondre aux explications du vendeur plutôt que se limiter à un total. L’article 5A(b) organise des versements à échéances mensuelles ; la compensation ne doit pas être présentée comme une somme qui naîtrait seulement après la remise des clés.

  • Contrat, annexes et avenants ; date de signature et échéance de livraison.
  • Échanges sur les reports, ordres de modification et réponses du promoteur.
  • Preuves de l’état du chantier et dates des événements invoqués.
  • Références locatives comparables et tableau de calcul par période.
  • Invitation à la remise, documents reçus et procès-verbal avec réserves.
  • Décompte des paiements déjà reçus, pour éviter une double réclamation.

10. La stratégie : calculer, contester utilement, puis choisir le recours

L’article 7 préserve les droits issus des autres règles de droit. Une demande distincte liée à une autre inexécution exige sa propre base, ses preuves et le contrôle des chevauchements de réparation. Le montant légal du retard n’autorise pas à déduire spontanément une somme de toute échéance du prix : les conditions d’un éventuel mécanisme de compensation doivent être analysées.

La démarche utile consiste à fixer une chronologie vérifiable, établir le loyer de référence, examiner les exclusions puis adresser une demande structurée. Si le litige persiste, le choix de la procédure doit tenir compte du montant, des stipulations contractuelles et des preuves. Sources et recherche de réformes contrôlées le 13 octobre 2026. Le traitement judiciaire d’un événement particulier, notamment de guerre, reste une question propre au dossier.

Questions fréquentes

Dois-je avoir payé un loyer pour être indemnisé ?

L’article 5A prévoit une compensation sans preuve de préjudice. Il faut néanmoins établir les conditions du droit et la valeur locative de l’appartement comparable servant au calcul.

Le nouveau régime rembourse-t-il le premier mois de retard ?

Non, le mécanisme issu de 2022 commence à la fin du premier mois suivant l’échéance. L’ancien régime, lorsqu’il est applicable et que son seuil de soixante jours est dépassé, fonctionne différemment.

La guerre exonère-t-elle automatiquement le promoteur ?

Non. Il faut vérifier le régime du contrat, les conditions légales de l’exclusion, les éventuelles règles temporaires pertinentes et le lien prouvé avec la période de retard réclamée.

Puis-je additionner la clause pénale et le montant légal ?

L’article 5A compare le dédommagement légal et celui convenu pour le retard en retenant le plus élevé. Un cumul portant sur le même poste ne doit pas être présenté comme automatique.

Un avenant signé en 2024 fait-il passer un contrat de 2021 sous la nouvelle loi ?

Pas automatiquement. L’article 11(d) prend en compte le contrat de vente ; la nature et l’effet exacts de l’avenant doivent être examinés.

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