1. Une alternative anticipée à la tutelle
Le pouvoir durable est établi lorsque le mandant comprend encore la nature du document, ses objectifs et ses conséquences. Il permet d’éviter qu’une perte future de capacité ne conduise automatiquement à une procédure judiciaire de nomination d’un tuteur.
Le dispositif préserve l’autonomie : le mandant choisit les personnes qui agiront, répartit leurs compétences et fixe des instructions. Une rédaction précise réduit aussi le risque de conflits familiaux et facilite les démarches auprès des banques, organismes médicaux et administrations.
Le mandant conserve sa liberté tant que les conditions d’entrée en vigueur ne sont pas réunies. Le document n’autorise pas le mandataire à se substituer immédiatement à lui du seul fait de la signature.
2. Déterminer les domaines couverts
Le mandat peut concerner les affaires patrimoniales, les affaires personnelles et, dans le cadre permis, les questions médicales. Ces domaines peuvent être confiés à une même personne ou répartis entre plusieurs mandataires.
Les actes soumis à autorisation préalable par la loi, les actes strictement personnels et les directives de fin de vie obéissent à des régimes spécifiques. Un pouvoir durable ne remplace ni un testament ni les directives anticipées prévues par la législation relative au patient en fin de vie.
- Comptes, placements et paiement des dépenses
- Biens immobiliers et gestion locative
- Lieu de vie et accompagnement personnel
- Relations avec les établissements médicaux
- Information des proches et contrôle du mandataire
3. Choisir les mandataires et leurs remplaçants
La confiance ne suffit pas : il faut évaluer la disponibilité, la compétence, la proximité géographique et la capacité des personnes désignées à coopérer. Un mandataire remplaçant évite qu’un empêchement futur rende le dispositif inopérant.
Lorsque plusieurs personnes sont nommées, le document doit préciser si elles agissent conjointement ou séparément, comment sont résolus les désaccords et quelles décisions exigent une consultation. Une collégialité mal organisée peut bloquer les opérations urgentes.
4. Rédiger des instructions opérationnelles
Les instructions préalables permettent au mandant de fixer ses priorités : maintien à domicile, aide aux proches, gestion d’une entreprise, conservation ou vente d’un bien, politique d’investissement et niveau de dépenses.
Les autorisations de donations, aides familiales, opérations immobilières ou rémunération du mandataire doivent être traitées avec précision. Une formule générale peut être insuffisante pour un acte important ou exposer le mandataire à une contestation.
Certains actes demeurent soumis à une autorisation préalable en vertu de l’article 32ו(d). Depuis l’amendement n° 21 de 2024 et l’article 74א, la demande est adressée à l’Administrateur général, qui peut l’approuver ou la transmettre au tribunal lorsqu’un examen judiciaire est requis.
5. Signature et dépôt
Le pouvoir durable doit être préparé et signé devant un avocat ayant suivi la formation et disposant de l’habilitation requise. L’avocat doit vérifier le consentement libre du mandant et l’absence de conflit d’intérêts.
Le document est ensuite déposé électroniquement auprès de l’Administrateur général. Le dépôt et sa confirmation sont essentiels : conserver uniquement un document signé au cabinet ne suffit pas à assurer son efficacité selon le régime légal.
6. Entrée en vigueur
Le mandant définit le mécanisme permettant d’établir qu’il n’est plus en mesure de comprendre la matière concernée, dans les limites légales. Le choix peut renvoyer à une expertise médicale ou à une procédure combinant plusieurs éléments.
Lors de l’entrée en vigueur, une déclaration et les pièces requises sont transmises à l’Administrateur général. Le mandataire ne doit pas agir avant l’accomplissement de cette étape, sauf pouvoir ordinaire distinct encore valable.
7. Contrôle, information et fin du mandat
Le mandant peut désigner des personnes informées qui recevront des comptes rendus et pourront détecter un abus. Il peut aussi imposer une périodicité de reddition de comptes ou prévoir la conservation de justificatifs.
Tant qu’il est capable, le mandant peut modifier ou révoquer le pouvoir selon les formes applicables. Le décès, la démission, l’inéligibilité du mandataire ou une décision judiciaire peuvent également mettre fin à tout ou partie du dispositif.
8. Trois situations concrètes
Une personne âgée qui possède un appartement en Israël et perçoit une pension française peut désigner sa fille pour les opérations bancaires et son fils pour les décisions personnelles. Le mandat précise la coordination, les informations à communiquer et les limites des opérations immobilières.
Un couple peut prévoir des mandataires différents pour les questions médicales et patrimoniales, ainsi qu’un remplaçant pour chacun. Chaque conjoint signe son propre document : celui de l’un ne couvre pas automatiquement l’autre.
Un dirigeant peut organiser la continuité des décisions patrimoniales. Les pouvoirs personnels du mandataire ne remplacent toutefois ni les statuts de la société ni les règles de signature bancaire et sociale.
9. Ne pas confondre avec une procuration irrévocable
Le ייפוי כוח מתמשך organise une représentation future si le mandant ne peut plus comprendre la question concernée. Il n’est pas une procuration irrévocable destinée à garantir les droits d’un acquéreur dans une vente immobilière.
Le pouvoir durable ne constitue pas non plus un testament et ne règle pas à lui seul les formalités applicables en France à un actif français. Une coordination spécifique est nécessaire pour les patrimoines situés dans les deux pays.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’un pouvoir durable en Israël ?
Le ייפוי כוח מתמשך est un mandat établi par une personne capable afin de désigner à l’avance qui agira dans ses affaires personnelles, médicales ou patrimoniales lorsqu’elle ne sera plus en mesure de comprendre la matière concernée.
Quelle différence avec une procuration ordinaire ?
Une procuration ordinaire peut devenir inadaptée lorsque le mandant perd sa capacité de comprendre. Le pouvoir durable est spécialement organisé par les articles 32א et suivants pour cette situation future et ne peut être utilisé qu’après son entrée en vigueur régulière.
À quel moment faut-il établir le document ?
Il doit être signé pendant que le mandant comprend sa nature, ses objectifs, les pouvoirs accordés et leurs conséquences. Lorsqu’une altération cognitive est déjà suspectée, l’avocat doit vérifier avec une vigilance renforcée la capacité et le consentement libre.
Qui peut rédiger et recevoir la signature ?
Le pouvoir durable général est établi devant un avocat ayant suivi la formation et disposant de l’habilitation requise, qui ne doit pas se trouver en conflit d’intérêts. Le pouvoir médical isolé relève d’une procédure spécifique prévue par la loi.
Le pouvoir durable prend-il effet dès sa signature ?
Non. Il doit avoir été déposé et son dépôt approuvé. Il entre ensuite en vigueur lorsque les conditions fixées par le mandant et la loi sont réunies, puis après la déclaration et l’approbation de l’Administrateur général.
Peut-on nommer plusieurs mandataires ?
Oui. Il faut préciser leurs domaines, leur mode d’action conjoint ou séparé, les décisions nécessitant une consultation, le règlement des désaccords et les mandataires remplaçants.
Le mandataire peut-il vendre un appartement ou faire une donation ?
Uniquement si le mandat contient les pouvoirs requis et sous réserve des actes qui exigent une autorisation préalable selon l’article 32ו(d). Depuis l’amendement n° 21, certaines demandes sont examinées selon la procédure de l’article 74א.
Le pouvoir durable couvre-t-il les décisions de fin de vie ?
Non, pas à lui seul. Les directives anticipées et procurations relatives au patient en fin de vie relèvent d’un régime légal distinct et doivent être établies et déposées selon les règles du ministère de la Santé.
Peut-on modifier ou révoquer le pouvoir durable ?
Le mandant peut en principe le modifier ou le révoquer tant qu’il comprend la portée de sa décision, sous réserve des stipulations du document et des formalités légales de notification et de dépôt.
Le pouvoir durable israélien suffit-il pour des biens situés en France ?
Non automatiquement. Son efficacité en France dépend des règles françaises de droit international privé, de la nature de l’acte et des exigences de l’établissement concerné. Une coordination franco-israélienne doit être prévue dès la rédaction.
Le document doit être signé tant que le mandant comprend sa portée. Les modèles génériques sont inadaptés aux patrimoines transfrontaliers, aux familles recomposées et aux actifs professionnels.
